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Qui en parlera maintenant ?

Publié le 20/10/2006 à 03:14 - 0 commentaires - Ajouter un commentaire - Lien

 

Il faut relire ce court texte, Le lait de Ivan Kataïev, auteur assassiné en 1937 par le régime stalinien. Le narrateur est un agent de l’Etat responsable de la production laitière. Visitant les campagnes de l’URSS, il est confronté aux manipulations d’un fermier qui s’enrichit en détournant à son profit l’argent de la collectivité. L’individu est d’une belle étoffe et semble infiniment respectable, sa ferme est un modèle, et il semble unanimement soutenu et craint dans les campagnes voisines. Son fils a enlevé une beauté, fille adorée d’un pharmacien géorgien. La vengeance désespérée de ce père caucasien, défendant son honneur et bravant la haine des paysans russes, va finalement précipiter un revirement...  Il ne faut jamais oublier conclut l’auteur, ce trait majeur de la psychologie du peuple russe qui se détourne massivement de son idole quand celle-ci trébuche….
 
Le texte date de 1930. Revenons à l’actualité. Les nouveaux et jeunes milliardaires russes apportent à la bourse de Londres, après adoubement par Poutine, leurs nouvelles sociétés pour créer des « champions mondiaux » du commerce des matières premières... Des campagnes xénophobes contre les caucausiens et la politique d’étouffement de la jeune Géorgie justifient quelques entrefilets dans la presse nationale. Le magnifique engagement d’Anna Politkovskaïa pour dire aux russes et au monde la vérité sur la sale guerre de Tchétchénie lui coûte la vie ! Qui en parlera maintenant ?
 
Et si nous méditions la leçon de Kataïev. Qui donc fera le premier croche-pied à Poutine ? A quand la fin des sourires obligés des gros consommateurs de pétrole et de gaz ? Si nous commencions par consommer moins d’énergie au quotidien et à la produire autrement, ne réduirait-on pas cette indigne tolérance à l’égard du régime de Poutine ? La rapidité avec laquelle nous serons capables de faire évoluer notre profil de consommation pourrait devenir une carte maîtresse dans ce jeu cynique. Vite, il y a des gens qui meurent !

Philippe Blasco